Décors. A six mois de l’entrée en campagne pour les présidentielles, au moment où l’on se demande dans chaque camp qui choisir comme champion pour aller défier les autres dans l’arène ; Dominique De Villepin compte bien s’imposer sur le fil face à son rival désigné, Nicolas Sarkozy, grâce à un parcours à Matignon impeccable. Le premier ministre veut conjurer la malédiction de ses prédécesseurs qui n’ont jamais été récompensés de leur travail lors de l'échéance présidentielle Pour lui, il est certain que ces échecs sont le fruit de l’immobilisme dont Edouard Baladur, Lionel Jospin et compagnie ont fait preuve l’année précédant les élections. Villepin décide donc de se lancer dans une « bataille pour l’emploi » acharnée et s’attaque lentement mais sûrement au « saint » code du travail français par une série de mesures qui se termine par la promulgation du C.N.E. On grince des dents, on parle déjà de la fin du modèle social français, mais ça passe : les patrons des petites entreprises ont la confiance du peuple. Mais après quelques mois le rythme s’accélère, De Villepin sort de sa manche le C.P.E. pour lutter contre le problème majeur de la France selon lui : le chômage des jeunes. Et les foules s’embrasent.
Alors que certains pensent que le CPE est un moyen pour les jeunes de rentrer plus vite sur le marché du travail et d’avoir un C.D.I. adapté avec des garanties et un salaire correct au lieu d’enchaîner les C.D.D. ; d’autres n’y voient qu’un moyen pour le gouvernement de faire un cadeau de plus à des patrons qui deviennent souverains et qui n'aurait qu'une conséquence : accroître la précarité des jeunes. La « précarité » est le nouveau terme à la mode, on croirait que c’est nouveau; mais n'est-il pas normal de passer par là quand l’on est jeune et sans expérience? Tout n’est pas acquis d’avance, il ne faut pas l’oublier... Il faut enchaîner les expériences, même si elles sont courtes, pour prouver son potentiel et progresser. Faire ses preuves.
Le peuple prétentieux et le ministre orgueilleux
Etudiants, lycéens et syndicats font donc bloc ,ensemble, depuis plusieurs semaines réclamant l’abrogation du C.P.E. Démarche aussi illogique dans son fond que désorganisée dans sa forme: ils posent un ultimatum se disant dans un processus de négociations et laissent les manifestants dégrader des joyaux historiques. A les entendre, ils seraient assez éclairés pour anticiper l’impact que ce contrat pourrait avoir et verraient plus clair, plus juste, que les plus éminents esprits français qui eux-mêmes admettent la difficulté de se projeter dans l'avenir en cette période de crise. Face à ce peuple prétentieux, se dresse, inflexible, un premier ministre orgueilleux qui ne se résout pas à essuyer un tel échec. Il tangue durant la tempête populaire mais reste sur ces positions, et c’est son président qui vient à son secours en annonçant le changement de main du dossier et la modification du texte selon les revendications syndicales. On sent que la fin des tensions approche même les responsables syndicaux se disent presque convaincus et acceptent de négocier avec le gouvernement à propos des modifications à apporter au texte ; cependant la rue s’agite toujours et ne se désemplit pas.
Et les négociations sont reprises en main par… Nicolas Sarkozy qui profite à merveille, comme toujours, de la situation après avoir tenu bon derrière Villepin pendant près d’un mois et après avoir proposé un essai farfelu de 6 mois pour le C.P.E. (la période de consolidation dure 2 ans!). Dans cette manche du combat pour l’investiture, c’est sans aucun doute le plus petit des deux qui sort grandi aux yeux de tous. Le premier ministre, quant à lui, après avoir dégringolé dans les sondages, ne peut que remonter. Mais où est le candidat de la gauche? Hollande, Fabius, Royale, DSK, Delanoë, … les postulants ne manquent pas pourtant mais aucun n'a les épaules pour s’immiscer dans le duel du parti majoritaire. A moins que... Souvenez vous de 1981, Messieurs et Mesdames du P.S., jamais deux sans trois…
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Tribune publiée dans Tempo, le journal qui rythme la vie des étudiants
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